Un phénomène de vases communicants

Islam politique et néo-nationalisme s’auto-alimentent, car ils ont pour exister, terriblement besoin l’un de l’autre.

Il se produit un phénomène de vases communicants, relativement facile à piger, mais encore faut-il chercher à comprendre. Foto: Jts9550 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Jean-Marc Claus) – A l’entendre, l’extrême droite serait le seul rempart efficace contre l’islamisme. Ce qui en vitrine, a de quoi attirer fortement le chaland, notamment quand de tragiques faits mal-nommés divers, impliquent des musulmans, dont certains sous Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), grenouillent en toute tranquillité dans le doux pays, qui n’est pas celui de leur enfance. Croisade versus croissonnade, une vision binaire du monde, dans laquelle les fantasmes masquent avantageusement la laideur de la réalité.

Des fantasmes ne résistant pourtant pas à l’analyse, pour qui veut bien quelque peu réfléchir. Mais encore faut-il vouloir, pousser la réflexion au-delà des clichés. Forces supposées antagonistes, l’islam politique et l’extrême droite, sont pourtant complémentaires, l’une ayant besoin de l’autre. La détestation de l’islam par les néo-nationalistes, renforce le communautarisme promu par les islamistes. Les exactions commises au nom de l’islam, favorisent inévitablement la montée en puissance de l’extrême droite.

Il se produit un phénomène de vases communicants, relativement facile à piger, mais encore faut-il chercher à comprendre. Extrême droite et islamisme ont besoin l’un de l’autre, chacun endossant tantôt le rôle de victime, tantôt celui de persécuteur. Une mécanique bien huilée, renforcée par l’apport d’idiots utiles qui, au motif de « lutter contre l’islamophobie », poussent le bouchon jusqu’à devenir hamas-compatibles. Un apport inattendu ou manipulé ou les deux à la fois, tout étant possible.

Toujours est-il que les fondamentaux de l’extrême droite et de l’islam politique se retrouvent sur un socle réactionnaire commun : vision manichéiste et complètement faussée du monde, prévalence du patriarcat et main-mise sur les femmes, complotisme d’atmosphère et paranoïa chronique, défiance envers la science et engouement pour des chimères, religiosité de surface et absence de profondeur spirituelle. S’ajoutant à cela le sentiment d’être investi d’une mission, « Meine Ehre heißt Treue » se conjugue avec « Allahou Akbar », puisque dans ces biotopes, l’allégeance fait l’homme. « Étonnant, non ? », dirait cyniquement le regretté Pierre Desproges…

Ceux qui en Europe, fustigent islam et musulmans sans distinctions, voient en Vladimir Poutine et Donald Trump les modèles d’hommes forts dont nos société manqueraient soi-disant cruellement, sont très probablement atteints d’une gravissime cécité intellectuelle. Si non, comment expliquer leur refus de prendre en compte les liens pourtant clairement affichés et la coopération guerrière, entre le Kremlin et la République Islamique d’Iran ? Pourquoi ne déduisent-ils rien du fait que non seulement Mohammed Ben Salman a quasiment open bar à la Maison Blanche, mais aussi que son ami Donny le blanchit de toute responsabilité dans le terrible assassinat du journaliste Jamal Kashoggi ?

Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt, affirme le proverbe chinois. Mais dans les milieux tant islamistes que néo-nationalistes, la confrontation à un sage montrant la lune, aboutit inévitablement à l’amputation du doigt voire même l’exécution du sage, ainsi que l’occultation de la lune avec interdiction à quiconque, de chercher à l’observer sous peine de poursuites pour haute trahison.

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