Un premier ministre « sous surveillance par le RN-ex-FN »
Le mandat de Michel Barnier pourrait se transformer rapidement en siège éjectable. Pendant que Barnier joue la normalité, les Français s'insurgent. Et ça promet pour la suite.
De milliers de Français ont manifesté partout en France, comme ici à Strasbourg, contre Macron/Barnier. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0
(KL) – Pendant que partout en France, les manifestants battaient le pavé pour protester contre le « coup de force » autocratique d’Emmanuel Macron, son nouveau premier ministre essayait de faire semblant que le pays ait retrouvé une normalité en l’espace de quelques heures. A l’Hôpital Necker à Paris, il parlait avec les journalistes et le staff de l’hôpital en faisant fi du fait qu’à proximité, des milliers de Français manifestaient contre un premier ministre de la droite qui, à croire l’eurodéputé RN-ex-FN Jordan Bardella, se trouve désormais « sous surveillance du RN-ex-FN ». Tout le monde l’a compris, Emmanuel Macron a livré la politique française au bon vouloir de l’extrême-droite, après avoir trompé le pays pendant longtemps en prétendant combattre l’extrême-droite par un « barrage républicain » qu’il a trahi à la première occasion.
Michel Barnier devra former un gouvernement sans les forces de la gauche et de l’extrême-droite. L’extrême-droite n’a aucune raison d’assumer une quelconque responsabilité gouvernementale, elle n’a pas besoin d’avoir des ministres pour diriger la politique française, elle tirera les ficelles derrière la scène. La gauche, de l’autre côté, n’enverra pas non plus des ministres dans le gouvernement Barnier, pourquoi elle le ferait aussi ? Participer à un gouvernement de droite, sous surveillance de l’extrême-droite, dont l’objectif est seulement de prolonger la « Macronie » que les Français avaient balayé les 30 juin et 7 juillet, est exclu. Du coup, Barnier/Macron se retrouvent avec une minorité pitoyable qui ne pourra rien faire sans le RN-ex-FN.
Certains commentateurs tentent de minimiser cette attaque sur la démocratie française en louant la personne de Michel Barnier, digne représentant d’une droite autoritaire d’une autre génération, mais l’homme n’a aucune marge de manœuvre. Désormais, et les Français le savent, Macron doit faire passer ses projets politiques par Marine Le Pen et en cas d’accord de l’extrême-droite, il peut porter les sujets en question à l’Assemblée Nationale. Comprendre : il ne se passera rien au niveau politique qui déplaira au RN-ex-FN.
Emmanuel Macron s’est enfin dévoilé au grand jour – en tant que plus puissant soutien de l’extrême-droite, qui n’a cure de la démocratie, tant qu’il peut garder un reste de pouvoir pour lui personnellement. Mais le tout se passe devant les yeux des Français qui sont beaucoup moins bête que le président pense et le tout se passe également devant les yeux de l’Europe où ce président fantasque a perdu toute crédibilité.
Le prochain gouvernement sera donc un mélange de « macronistes » et de « Républicains », donc, le gouvernement que les Français avaient chassé aux urnes. Le tout « sous surveillance » de l’extrême-droite – et ce que les Français avaient évité depuis 2002, à savoir la prise du pouvoir de l’extrême-droite, Emmanuel Macron l’a fait. Michel Barnier, lui, n’est autre qu’une variable d’ajustement de Macron, et il partira dès que cela plaira au RN-ex-FN ou à Macron. Il est surprenant que Barnier, homme d’une certaine culture politique, ait accepté de se prêter à ce jeu sordide où il sera le premier à en faire les frais. Est-ce l’âge avancé de Barnier, l’envie d’exister encore une fois en tant qu’homme politique ? En tout cas, son gouvernement sera un faible remake du gouvernement Attal et ainsi, Macron aura réussi à totalement ignorer les résultats des deux dernières élections avec trois tours.
Si les manifestations hier se sont déroulées de manière assez civilisée, cela ne voudra pas dire que l’automne se passera calmement. La France dirigée par l’extrême-droite, sous un président qui décidément n’est pas à la hauteur de son poste, avec un premier ministre à l’âge de la retraite et issu de la droite autoritaire, cela sera difficile à faire gober aux Français. Hier, lors des manifestations, on pouvait apercevoir une poignée de « gilets jaunes » et quelques « black blocks ». Au fut et à mesure que ces manifestations continueront, et elle vont continuer, ces groupes seront de plus en plus présents dans les manifestations et par conséquent, le débat politique dans la rue sera de plus en plus violent. Ce chaos et la glissade de la France vers l’extrême-droite, est l’œuvre d’un seul homme – Emmanuel Macron. Le président sans peuple, le président qui aura offert la France sur un plateau en argent au Rassemblement-ex-Front National. Une honte.
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