Une fusion qui fâche

La restructuration du service public entraîne l’inquiétude des syndicats de journalistes. Les professionnels craignent une ingérence dans leur travail.

La Maison de la Radio à Paris était un haut-lieu de la liberté de la presse. Mais ça, c'était avant... Foto: Guilhem Vellut / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0

(Mathieu Rampin) – À France Télévision ainsi qu’à Radio France, les voix des journalistes s’unissent pour s’opposer au projet de fusion des deux organismes. Les syndicats ont déjà fait part de leurs mécontentements via des grèves. La ministre de la Culture Rachida Dati, accompagnée par la directrice de France Télévision, Delphine Ernotte, porte un projet de refonte du service public français. En effet, l’INA, Radio France, et France Télévision devraient être réunies sous une holding (une société permettant la gestion de plusieurs filiales) nommée France Médias.

Plus d’efficacité et de coopération – Les raisons évoquées pour la mise en place de ce nouveau système sont les suivantes : une direction unifiée permettrait plus de collaboration entre les filiales, notamment entre France 3 région et Ici région. Deuxièmement, le nouvel organigramme serait plus efficace dans les prises de décisions, dans l’optique d’attirer un public plus large. Pour ce faire, Média France sera doté d’un seul chef qui supervisera les directeurs de pôle. Les journalistes seront, par exemple, sous les ordres d’un directeur de l’information.

Un atout à ne pas mettre en danger – Les syndicats s’inquiètent d’une potentielle ingérence dont serait capable une direction aussi forte et directe, sur le choix de la grille des programmes. Ces doutes sont accentués par le passage de 4 à 1 programmations par mois de l’émission d’investigation Secret d’info sur France Inter. L’enquête nécessite des moyens financiers considérables pour les rédactions. Il est très difficile de réunir argent et indépendance, pourtant, Radio France et France Télévision disposent de ce luxe ce qui rend leur travail très précieux.

Quelle est la réelle intention ? – Le réseau de radios locales « France Bleu » est devenu « Ici » en début d’année. Derrière ce changement de nom, l’organisation des médias a aussi changé, avec à la clef une direction unique. Alors que les rédactions choisissaient elles-mêmes les musiques qu’elles diffusaient, c’est désormais le siège à Paris qui sélectionne les musiques pour les 44 stations locales.

Pour justifier la refonte de tout le système de l’audiovisuel, Rachida Dati invoque un manque de diversité chez les auditeurs, téléspectateurs. Sur le plateau de C’ à vous le 18 juin dernier, elle a déclaré que les programmes de France Inter ne s’adressent pas assez aux jeunes. Toutefois, la station « Mouv’ » de Radio France, destinée à un public jeune, ne diffusera plus en FM et se tournera vers le digital à la rentrée. Les journalistes, les syndicats, et la direction s’accordent à dire que l’audiovisuel public est un outil démocratique. Il permet à la population de bénéficier d’accès privilégiés à la culture ainsi qu’aux informations de qualité. Si l’indépendance du service public est remise en cause, c’est une partie du droit des citoyens qui disparaîtrait.

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