Une démocratie. Une vraie.
En Suisse, c'est le peuple qui est le souverain suprême. Si cela ne garantit pas encore de « bons » votes, au moins, il s'agit d'une vraie démocratie.
Marché de Noël ou pas - quand il faut voter en Suisse, on vote... Foto: Kecko / Wikimedia Commons / CC-BY 2.0
(KL) – Comme souvent, les Suisses étaient appelés aux urnes ce week-end. Outre des questions locales, deux grandes décisions devaient être prises, non pas par le gouvernement, mais par le peuple suisse. Si on peut considérer que la démocratie suisse est la dernière « vraie » démocratie en Europe, cela ne veut pas encore dire que les décisions prises soient meilleures que dans d’autres pays. Mais au moins, le gouvernement suisse ne règne pas sur son peuple, mais il met sagement en œuvre les décisions que prennent les Suisses.
Ce week-end, deux grandes décisions devaient être prises en Suisse. D’une part, il fallait voter pour ou contre l’introduction d’un « service civique » et d’autre part, pour ou contre l’introduction d’une forte taxations sur les successions des super-riches. Les deux initiatives ont été rejetées par les Suisses.
Il faut croire que les Suisses aimeraient maintenir le statut quo, qu’ils refusent d’admettre que les temps ont changés. Ainsi, le « service civique », qui aurait concerné autant les jeunes hommes que les jeunes femmes, pour un service soit militaire, soit civil, a été rejeté par 84% des votants et la taxation des successions des super-riches, a été rejetée à 79%. Pourtant, ce type de taxation aurait apporté 4 milliards de Francs Suisses dans les caisses de l’état, mais la grande majorité des Suisse a visiblement craint un exode des grandes fortunes qui sont nombreuses chez les Helvètes.
Le plan prévoyait de taxer à hauteur de 50% les héritages de plus de 50 millions de Francs Suisses, ce qui aurait concerné environ 2600 familles en Suisse. Mais être riche en Suisse, n’est pas stigmatisant et les intérêts des super-riches sont visiblement respectés par une grande majorité des Suisses.
Concernant le « service civique », la discussion ressemblait à celle en France et en Allemagne concernant la réintroduction du service militaire. Mais la Suisse, forte d’une neutralité qui dure depuis plus de 500 ans, ne se sent pas exactement concernée par les changements de notre époque. Maintenir ce statut quo ne nécessite pas d’introduire un nouveau service obligatoire, donc, la « votation » de dimanche était très claire.
La démocratie suisse est la dernière en Europe qui fonctionne réellement. Partout ailleurs, la démocratie représentative bat de l’aile, les élus sont très mal élus et s’amusent à prendre très souvent des décisions contre les intérêts du peuple. Ailleurs, les gouvernants abusent de plus en plus souvent de zones grises dans les Constitutions pour se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir. Ainsi, la démocratie suisse est un exemple, qui toutefois, ne garantit pas toujours de « bonnes » décisions – pendant les campagnes pour les « votations », les Suisses font l’objet de manipulations et de populismes comme ailleurs. Mais cela ne change rien au fait qu’en Suisse, le peuple est effectivement le souverain suprême, ce qui devrait être le cas dans toute démocratie.
Ainsi, le vote contre cette nouvelle taxe sur les successions des grandes fortunes, aurait pu permettre à la Suisse de financer des projets de protection du climat. L’idée de faire contribuer les plus riches, n’est pas idiote. Ainsi, comme l’avaient indiqué les Jeunes Socialistes, les dix familles les plus riches en Suisse, sont responsables d’autant d’émissions que 90% de toute la population suisse, à cause de leur consommation de luxe. Là, il aurait été juste de faire contribuer ces familles super-riches à la protection de l’environnement, mais visiblement, la peur de perdre son statut comme « place d’argent », était plus grande que l’envie de préserver l’environnement.
N’importe le résultat de ces « votations », il est remarquable que la Suisse arrive à maintenir cette démocratie basique, mais efficace. Ailleurs, les peuples subissent les lubies de leurs gouvernants, en Suisse, le gouvernement est obligé de mettre en œuvre ce que le peuple a décidé.
Et c’est du sérieux. En moyenne, les Suisses votent quatre fois par an sur des sujets nationaux et plusieurs fois sur des sujets locaux. Le vote de chaque citoyen suisse compte et la Constitution ne permet pas au gouvernement de prendre des décisions contre la volonté exprimée du peuple. Probablement, il serait trop compliqué de transposer ce système des « votations » sur des pays plus importants, mais rien n’empêche de développer de nouveaux systèmes qui reprendraient certains éléments du système suisse. Résultat de la « votation » d’hier : les super-riches peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles, personne n’aura des velléités sur leur fortunes…
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