Une jeunesse majoritairement pas Charlie

Critiquer une religion devient inacceptable, aux yeux d’une bonne partie de la jeunesse. Ce qui ne tombe pas du ciel, et ne devrait étonner personne.

Religion means (not only) reverence, obedience, order and… (too often) intolerance. Foto: Tichnor Brother Publisher / Wikilmedia Commons / PD

(Jean-Marc Claus) – Un récent sondage réalisé par l’Ifop pour le magazine Elle, auprès de 1.028 jeunes âgés de 15 à 17 ans, rapporte entre autres, que pour 58% d’entre eux, il est inacceptable de critiquer les religions. Quant aux croyants du panel, ce chiffre s’élève à 81%. Une bonne partie de la jeunesse n’a décidément pas « l’esprit Charlie » ! Un choix somme toute concevable, dans un pays se voulant de liberté(s), mais au demeurant particulièrement inquiétant dès maintenant, car la jeunesse est l’avenir immédiat d’un réel présent, non d’un hypothétique et lointain futur.

En 2020, l’innommable assassinat de Samuel Paty, perpétré sauvagement par un musulman radicalisé âgé de 18 ans, a eu lieu à l’issue d’une séquence d’à peine dix jours, dont l’origine est le mensonge d’une mineure âgée de 13 ans. De l’indignation de beaucoup, au passage à l’acte par un seul : dix jours en 2020 et combien six ans plus tard ? Il serait particulièrement injuste, notamment envers Samuel Paty et ses proches, d’affirmer que sa mort fut sans conséquences. Mais malgré les avancées en termes de prévention, les chiffres du sondage cité plus haut, montrent que près des trois cinquièmes des jeunes interrogés, et plus des quatre cinquième des croyants figurant dans le panel, s’avèrent intolérants.

Il faut oser le mot, car il n’y en a pas d’autres, tout en le relativisant quelque peu. Ces jeunes ne sont pas des criminels en puissance, mais ils n’échappent pas à diverses influences. Ajoutons à cela le glissement ou la confusion, entre critiquer une religion, qui en France n’est absolument pas un délit, et la discrimination fondée sur la religion, incontestablement passible de poursuites. Autre élément d’explication de la perte de repères d’une partie de la jeunesse, la mise à mal de la laïcité par l’extrême gauche et son instrumentalisation par l’extrême droite, ne peuvent qu’aboutir à une méconnaissance et une incompréhension de son essence.

Ceci dans une société de plus en plus clivée, se calquant sur l’actuel modèle étasunien, dont le so christian president pluri-condamné et multi-poursuivi, affirme sans sourciller : « To have a great nation, you have to have to have religion. I believe that so strongly ». Un clivage renforçant le communautarisme, dans lequel le positionnement identitaire et la culture d’absolues certitudes, font le lit de tous les extrémismes. Mais ce sondage, intéressant à plus d’un titre, pointe aussi le « grand divorce avec les partis politiques » (sic), qui n’attirent plus vraiment la jeunesse, plus encline à un « repli sur la sphère privée » (sic).

Une jeunesse dont les valeurs morales sont d’autant plus conservatrices, qu’elles sont influencées par la morale religieuse, comme le souligne l’analyse de l’Ifop. Ainsi est-il grand temps de réagir, et d’opposer à la laïcité à géométrie variable, celle fixant très clairement dans la société, des limites au fait religieux quel qu’il soit. Croire doit rester une option, et non devenir une obligation et/ou produire de la discrimination. Revenir à l’essence de la Loi de 1905 et s’assurer de sa stricte application, est une absolue priorité. Cependant, ne pas se donner les moyens de son enseignement à la jeunesse, et négliger la nécessité d’en débattre avec elle, aura l’effet exactement inverse de celui recherché.

1 Kommentar zu Une jeunesse majoritairement pas Charlie

  1. Thierry Brand // 15. Februar 2026 um 14:00 // Antworten

    Très intéressant. De la même façon Georgia Meloni dans sa campagne électorale “Soi italiana, soi una Christiania, soi una Madre” – je cite de mémoire a instrumentalisé la religion.
    Article très intéressant et inquiétant, même en terre concordataire (autre débat).

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste