Une légalisation mal ficelée
Depuis Avril 2024, la culture, la possession et la consommation de cannabis sont légales en Allemagne. Mais les effets positifs ne se concrétisent que lentement. La loi correspondante doit être améliorée.
Dans 24 des états américains, la culture du cannabis est aujourd'hui organisée de manière industrielle. Foto: Beeblebrox / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
(KL) – L’Allemagne n’est pas le seul pays à avoir décriminalisé la culture, la possession et la consommation de cannabis. Les pays suivants avaient déjà devancé l’Allemagne et ce faisant, ont fait de bonnes expériences : Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Espagne, Australie, Canada, Afrique du Sud, Uruguay et 24 des états américains. Toutefois, la légalisation en Allemagne ne montre ses avantages que lentement, puisque l’application de la nouvelle loi pose encore problème.
Ainsi, la culture de trois plantes de cannabis à la maison est autorisée, tout comme la possession de 50 grammes de cannabis à la maison et 25 grammes en déplacement. La consommation est également autorisée, sauf en présence de mineurs et à proximité d’écoles et d’aires de jeu.
L’objectif de cette décriminalisation est à la fois de délester les tribunaux et des prisons, de faciliter le travail de la police, de casser les réseaux de vente de cannabis. Mais la lecture de la situation aujourd’hui varie – la police se plaint que la gestion du cannabis est encore plus compliquée pour elle qu’auparavant, les exploitants des « clubs de culture de cannabis » se plaignent des obstacles administratives et les consommateurs se plaignent d’une pénurie du produit sur ce nouveau marché. Et les conservateurs de la CDU qui est au pouvoir à Berlin, aimeraient bien abolir cette légalisation. Alors, on en est où ?
La police dit aujourd’hui qu’il est quasiment impossible de déterminer si le cannabis trouvé lors d’un contrôle ou d’une perquisition provient d’une source légale ou illégale, ce qui oblige les fonctionnaires à effectuer des recherches approfondies. Les 300 « clubs de culture de cannabis » transpirent sous des exigences administratives importantes et ne sont pas encore en mesure de satisfaire la demande. Et les réseaux criminels ? Selon les experts, le commerce illégal du cannabis est en forte baisse, mais ces réseaux s’orienteraient davantage vers d’autre drogues.
Le législateur voulait garder le contrôle sur la chaîne culture – conditionnement – mise à disposition des consommateurs, mais dans cette chaîne, il y a des choses qui ne fonctionnent pas. Même en forte baisse, la vente illégale par les réseaux tourne toujours et la police n’arrive pas à endiguer ce phénomène.
Maintenant, deux positions politiques s’affrontent. Dans les Länder, certains (surtout les Länder dirigés par les conservateurs) aimeraient abolir cette légalisation et frapper la culture, la possession et la consommation de cannabis à nouveau d’une interdiction, tandis que les autres aimeraient améliorer cette loi pour qu’elle reflète davantage les réalités du terrain.
En attendant, le « marché du cannabis » suit les mêmes règles que la prohibition d’alcool aux États-Unis pendant les années 20 du siècle dernier. Là où l’on poursuit la vente et la consommation de cannabis, les réseaux criminels fleurissent, car il y a beaucoup d’argent en jeu. Et, comme on le voit en France, là où l’interdiction et les peines sont les plus dures, le nombre de consommateurs est le plus élevé et puisque la demande est et reste forte, on n’arrive pas à assécher ces réseaux.
Vers la fin de l’année, une commission du gouvernement veut présenter un premier rapport sur les effets de la légalisation en Allemagne. Suite à la publication de ce rapport, une décision sera prise – soit, on fait demi-tour et on interdit à nouveau le cannabis, soit on adapte la loi pour la rendre plus efficace. Mais la discussion en Allemagne autour de cette législation est loin d’être terminée.
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