Une révolution quasiment religieuse…
Avec le second mandat de Donald Trump, les États-Unis d’Amérique connaissent un virage réactionnaire, basé sur les croyances et la foi, au détriment des faits et de la pensée.
(Jean-Marc Claus) – Il y a peu, le journaliste Michel Mompontet disait à l’issue des cent premiers jours du pouvoir trumpien : « Cette aventure politique, n’est pas une aventure politique. C’est une révolution quasiment religieuse. Les faits ont été remplacés par les croyances, la pensée a été remplacée par la foi, et face à la foi et aux croyances, aucun argument ne pèse. ». Oui, la seconde élection de Donald Trump signe pour beaucoup d’Étasuniens, la capitulation de la pensée et le triomphe des croyances.
Le romancier français Claude Courchay, avait publié en 1979 « Les Américains sont de grands enfants ». Que dire aujourd’hui après l’intermède Biden, d’un électorat portant au pouvoir pour la seconde fois, un escroc face auquel Richard Nixon fait vraiment figure d’honnête homme ? C’est consternant, mais consternation n’est explication. L’une des explications d’une telle dérive, qui conduisit notamment au saccage du capitole le 6 janvier 2021, se trouve dans une conception naïve de la liberté d’expression et de la liberté de culte.
Le premier des dix amendements de la constitution étasunienne, appelée aussi Bill of Rights, est du pain bénit pour les tartuffes de tous poils, et lorsqu’on voit un criminel tel que Donald Trump, prêter serment main sur la Bible, il n’y a pas d’autre conclusion à tirer, que l’inversion des normes et des valeurs atteint ici son point de non-retour. Aucun président des USA n’aura mieux que lui, développé la logique orwelienne disant que « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. ».
Arrivé au pouvoir par la force des ignorants, rendant la liberté esclave et favorisant la guerre au nom de la paix, cet autoproclamé chrétien, mais en réalité indécrottable crétin, est à la tête d’une révolution religieuse, dans laquelle les évangéliques se taillent la part du lion. Ils auraient d’ailleurs tort de se gêner, la présidence bolsonaresque au Brésil de 2019 à 2022, leur ayant donné des idées supplantant le premier mandat trumpien de 2017 à 2021 aux USA. Tous frères et sœurs dans la réaction !
Si les exactions dues au fondamentalisme musulman, sont à combattre sans faiblesse, pourquoi les manigances du fondamentalisme chrétien ne sont-elles pas sanctionnées avec la même vigueur ? Parce qu’elles ne causent pas de morts ? Quid des victimes de la suspension et du démantèlement d’USAID ? Quid de l’infirmation de l’arrêt Roe vs Wade (410 U.S 113), par une Cour Suprême que Donald Trump a fait basculer dans le conservatisme durant son premier mandat ? Quid de la chasse aux migrants ouverte dès le début de son second mandat ?
Mais pour une Amérique WASP (White Anlo-Saxon Protestant) se sentant déclassée, tout cela est bel et bon, et ce n’est pas une majorité d’évangéliques de toutes origines confondues, qui va contredire son Nouveau Cyrus ! L’Histoire a prouvé éloquemment à maintes reprises que la bigoterie mène directement à l’inquisition. Ce qui a déjà commencé aux USA, avec l’affirmation trumpienne« Il n’y a que deux sexes », allant à l’encontre des recherches et découvertes des ethnologues. Mais là encore, comme dans « Le nom de la rose », science et religiosité sont incompatibles. Ce n’est pas pour rien qu’Umberto Eco a écrit trente-sept années plus tard « Reconnaître le fascisme ».
Ce fascisme qui fait tâche d’huile dans le monde dit occidental, et auquel les évangéliques européens seront très vite confrontés en termes de choix. Vont-ils alors suivre ces grands défenseurs, des valeurs de la famille dite traditionnelle et des racines faussement chrétiennes de l’Europe ? Certains courent déjà derrière ces matamores, prétendant combattre les puissances d’argent, alors qu’ils sont en réalité totalement dévoués aux intérêts des possédants. Il est d’usage de dire que ce qui advient aux USA, se produit toujours avec un peu de décalage dans la vieille Europe. Souhaitons que pour une fois, ce ne soit pas le cas, mais cela ressemble fort à un vœu pieux.

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