Vox populi, populus stupidus !

Ce soir, hors du service public de l’audiovisuel, le très pro-business président-monarque va, lors d’un talk-show dont il raffole, se fendre de quelques royales annonces, dont peut-être la tenue d’un référendum, mais on sait déjà ce qu’il fera du résultat.

« Moi, consulter les Français et tenir compte de leur avis ? Soyons sérieux ! » Foto: Belgian Presidency of the Council of the European Union 2024 / Wikimedia Commons / CC-BY-2.0

(Jean-Marc Claus) – Ne sachant visiblement plus trop comment barrer le bateau gouvernemental, pour à l’instar de l’Arche de Noé échouer sur le Mont Ararat, et non façon Titanic se crasher sur l’Himalaya des difficultés s’élevant devant lui, François Bayrou a évoqué début mai la possibilité d’un référendum relatif au redressement des finances publiques. Cette prérogative relevant depuis 2008 du seul Président de la République,sur proposition du gouvernement, des deux assemblées ou d’un cinquième des parlementaires et un dixième des électeurs, la réaction d’Emmanuel ne s’est pas faite attendre.

Ce soir sur TF1, donc une chaîne de télévision privée, celui qui devrait se considérer comme le premier employé des Français et non leur monarque de droit divin, va peut-être annoncer lors d’un talk-show de deux heures, ce sur quoi il envisage de consulter ses sujets. Peut-être, car la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas herself, n’en sait absolument rien. Belle démonstration de cohérence et de coordination du prétendu bloc central !

Selon un récent sondage Elabe, 83% des Français sont favorables à la tenue d’un référendum. Les sujets les plus largement plébiscités sont la dépense publique, la dette et les impôts (59% des citations), l’immigration (52% des citations), la réforme des retraites (52% des citations) et la fin de vie (43% des citations). Un résultat à analyser aussi en tenant compte de l’ordre des préoccupations, car arrive en premier, la réforme des retraites pour 22% des personnes sondées, suivie pour 21% par l’immigration, pour 19% par les finances publiques et pour 18% par la fin de vie.

De précédents référendums ont démontré que le pouvoir peut s’asseoir sur leurs résultats, comme Nicolas Sarkozy qui par le Traité de Lisbonne de 2007, a fait passer à la trappe les 54,67% de refus de 2005 au traité établissant une constitution pour l’Europe. Or, si Emmanuel a un mentor, c’est bien Nicolas Sarkozy et non Charles de Gaulle. Un référendum le désavouant indirectement, ne le conduirait pas plus à la démission que deux élections faisant perdre lamentablement son camp. Donc, il n’y a rien à attendre de l’exercice de style, auquel il se livrera goulûment ce soir.

Pour mémoire, les 19.000 Cahiers de Doléances des Gilets Jaunes du Grand Débat National de 2019, dont on avait un temps perdu la trace au point de les penser passés au pilon, n’ont été exhumés que ce printemps, sur demande de députés et à des fins de consultation. Des 149 propositions issues de la Convention Citoyenne pour le Climat de 2019-2020, une confusion est savamment entretenue entre celles qui ont été reprises totalement, celles qui ont été reprises partiellement, celles qui ont été modifiées et autres tours de passe-passe macronistes, dont nous avons maintenant l’habitude.

Que dire encore du passage en force par 49.3 de la dernière réforme des retraites, où l’opposition citoyenne qui s’est très largement et pacifiquement manifestée dans la rue, a été foulée au pied avec le plus grand mépris ? Il est vrai que ne pouvant servir deux maîtres à la fois, entre le bas peuple et la haute finance, le choix est très vite fait lorsqu’on évolue dans la stratosphère des nantis. Donner (vraiment) la parole au peuple, à des gens qui ne sont rien, à des illettrés pour qui on dépense un pognon de dingue ? Soyons sérieux !

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