Y aura-t-il quelqu’un pour sauver la Constitution ?
Arrivé au pouvoir, le RN-ex-FN pourrait très rapidement « orbániser » le pays. Les moyens d’agir préventivement existent, mais qui se mobilisera ?
(Jean-Marc Claus) – Que se passerait-il, si le RN-ex-FN accédait au pouvoir en 2027 ? La Constitution de la Ve République, jusqu’ici garante des valeurs de notre devise nationale, serait victime d’un viol d’une immonde sauvagerie, s’accomplissant en toute tranquillité, sous les ors des Palais de la République. Rien de moins que cela, et jusqu’ici peu de monde dont celui des médias, s’en est vraiment inquiété. Ce que regrette Pierre-Yves Bocquet, mais ne s’y résignant pas, dans un fascicule que de tout-un-chacun devrait acquérir. Dans ce fascicule, il explique très clairement les mécanismes d’un véritable coup d’État institutionnel, ainsi que ses conséquences.
La Révolution Nationale, dont il expose le déroulement en cent jours, fait évidemment référence à la dialectique pétainiste remontant à moins d’un siècle, et selon son argumentaire d’une implacable logique, procède aussi de méthodes purement bonapartistes. Ce qui nous emmène très loin des valeurs et des pratiques de nos actuelles institutions républicaines. L’article 11 de la Constitution, initialement pensé pour, dans un pays devenu ingouvernable, laisser au Général de Gaule « les mains libres pour régler la crise algérienne sans être entravé par les assemblées » (page 33), est maintenant « un pistolet braqué sur la Constitution » (page 32).
De quoi s’agit-il ? Du recours tendancieux par le chef de l’État à la voie référendaire, pour squeezer les deux assemblées, afin de faire voter une révision constitutionnelle, alors que seul l’article 89, spécifiquement dédié à cela, mais beaucoup plus contraignant, devrait être utilisé. Il y a d’une certaine manière, un trou dans la raquette constitutionnelle depuis 1958. Ce que savent très bien les cadres du RN-ex-FN, et dont ils sont prêts à abuser sitôt arrivés au pouvoir. Ils ne s’en cachent d’ailleurs nullement, depuis… 2014 !
L’instauration d’une République identitaire, et non plus universaliste, aura pour conséquence la culture d’une xénophobie d’État, dans laquelle le terme initial « préférence nationale », aura été adouci en « priorité nationale ». L’enfumage ne changeant pas, il s’agit bien d’instrumentaliser la voie référendaire, pour, avec moult propagande, obtenir des électeurs, des réponses binaires à des questions complexes. Les mobilisations de Gilets Jaunes de 2018-2019, réclamant à cor et à cris le RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), ont très efficacement préparé le terrain.
Le coup de force auquel s’apprête l’extrême droite, ne se limite pas à un seul référendum relatif à la citoyenneté, mais à une révision constitutionnelle donnant au Chef de l’État, les moyens d’orbaniser le pays. Ce n’est pas pour rien que le très illibéral ex-premier ministre hongrois, renversé démocratiquement il y a peu, après seize années de dictature maquillée, est un modèle pour Marine Le Pen. « Un visionnaire et un pionnier […], un partenaire et un allié […], mais aussi un ami. » déclarait-elle le 23 mars dernier !
Ce projet de révision constitutionnelle, sapant l’État de Droit, dont on sait que certains politiques n’ont cure, contient une pilule empoisonnée. A savoir « un article qui complique les modalités selon lesquelles une décision prise peut être défaite » (page 44). Ce qui signifie qu’en cas d’alternance à l’Élysée, le pouvoir suivant « ne pourra plus choisir la voie du Congrès pour effacer les effets de la révision constitutionnelle et sera contraint pour le faire, d’organiser un nouveau référendum, avec tous les aléas afférents » (page 45). En fait, l’actuel régime parlementaire semi-présidentiel, deviendra avec le RN-ex-FN un régime présidentiel plébiscitaire, dont son successeur ne pourra se défaire que par un plébiscite.
Or le recours à la voie référendaire, même s’il est aujourd’hui demandé par beaucoup, peut être perverti par plusieurs facteurs bien actuels, dont la manipulation (propagande et désinformation), la personnalisation (du pouvoir et des enjeux), le vote protestataire (purement affectif) et le désintérêt civique (abstention). Alors, peut-on éviter cette Révolution Nationale, et si oui, de quelle manière ? Pierre-Yves Bocquet y consacre le dernier chapitre de son opuscule, identifiant trois types de leviers : médiatiques, politiques et institutionnels.
Pour ce qui est des leviers médiatiques, Eurojournalist y prend sa part, mais qu’en est-il des autres médias ? Quant aux leviers politiques, il serait grand temps que tous les partis qui ne sont pas d’extrême droite, se réveillent enfin et pour une fois, agissent intelligemment, plutôt que de se cantonner dans des querelles d’égos, alors que la République est plus que jamais en danger. Pour les leviers institutionnels, selon l’auteur « […] un texte d’une ligne suffit, à insérer après le quatrième alinéa de l’article 80 de la Constitution, […] » (page 56).
Un texte qui dirait : « La Constitution ne peut être révisée que selon les procédures prévues par le présent article. » (page 56). Donc, exit le putsch constitutionnel avec sa gouvernance par plébiscite, et renforcement de la démocratie représentative. Pourquoi nos actuels élus et gouvernants n’y pensent-ils pas ? La Macronie laissera-t-elle à disposition de ses successeurs, ce trou dans la raquette constitutionnelle ? Faudrait-il une mobilisation citoyenne, sous forme de pétition ?
La « Révolution Nationale » en 100 jours, et comment l’éviter
Par Pierre-Yves Bocquet – Éditions Gallimard – Collection Tracts
01/2025 – 60 pages – 3,90€ – ISBN : 658288 – 2406038

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