Est-ce que la vie est un long fleuve tranquille ?
Pour certains, oui – mais pas pour les professionnels du transport fluvial, un secteur qui joue un rôle bien plus important qu'on ne le pense au premier regard.
Des tables rondes passionnantes lors des 2e Assises nationales du fleuve à Strasbourg. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0
(KL) – La deuxième édition des « Assises nationales du fleuve » avaient lieu cette semaine à Strasbourg. Pour l’observateur pas très familier avec le monde de la navigation fluviale, ces assises étaient une vraie découverte. Car le monde du transport fluvial est interconnecté avec le transport maritime, le transport ferroviaire et joue un rôle important dans la décarbonation de l’industrie.
Les enjeux du transport fluvial (et également du tourisme fluvial) sont énormes. Dans une phase de transition énergétique, les moyens de transport « propres » ne sont pas légion. Ainsi, un kilo de marchandise transporté sur un navire fluvial, émet 60 fois moins de CO2 que sur la route. Sachant que 80% des transports se font sur la route, chaque pourcent gagné par le fleuve, réduit l’empreinte carbone globale.
Les 23 ports intérieurs de France emploient environ 30.000 personnes directement et il est intéressant que la quasi-totalité de ces ports mène des projets industriels, disposant généralement d’un foncier important permettant l’implantation de structures industrielles à une proximité immédiate, ce qui augmente l’attractivité de ces zones portuaires.
Mais en vue de la connexion directe entre le transport maritime et le transport fluvial, est-ce que les droits de douane imposés par le nouveau président américain affectent l’activité dans les ports intérieurs français ? Claire Merlin, directrice du Port Autonome de Strasbourg (PAS) et présidente de l’AFPI, l’Association Française des Ports intérieurs, n’est pas inquiète. « Pour l’instant, on ne ressent pas de conséquences de cette politique ». Les priorités des ports intérieurs ne se situent pas au niveau politique, mais au niveau des réalités économiques. Attractivité pour intéresser de jeunes talents pour les nombreux métiers dans les ports, développement de l’activité, coopérations avec d’autres structures portuaires et industrielles, développement d’outils innovants, voilà le quotidien des ports intérieurs de France.
Claire Merlin, directrice du PAS et présidente de l’AFPI. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY 2.0
« Nous avons une stratégie claire », dit Claire Merlin, « et nous sommes très présents dans les lycées et collèges pour intéresser les jeunes à nos métiers. Côté développement, nous poursuivons notre ‘Strategie 2024-2028′ pour être encore plus performant, pour créer de nouveaux partenariats et nous sommes contents que les collectivités nous suivent dans nos projets ».
Comment est-ce qu’on peut développer un port intérieur ? « Il faut innover, adapter les outils, soigner un écosystème positif comme celui que nous avons à Strasbourg », explique Claire Merlin. Ainsi, avec le Port de Kehl, le PAS organise depuis trois an un « Forum de l’Emploi », coopère avec les Badische Stahlwerke dans un partage de chaleur fatale, produit secondaire de la production d’acier à Kehl et le potentiel d’innovation semble grand. Encore faut-il s’y mettre et ne jamais se reposer sur ses lauriers.
Et effectivement, il sera nécessaire que les 23 ports intérieurs de France communiquent davantage et fassent connaître ce monde passionnant où l’on retrouve tous les éléments d’une société moderne – transition écologique et énergétique (on s’y intéresse beaucoup à l’hydrogène), Intelligence Artificielle, ingénierie de pointe et bien plus encore.
Ainsi, les activités fluviales deviendront de plus en plus un acteur de toutes les transitions nécessaires en cours. Un monde qui vaut la peine de s’y intéresser !
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