Est-ce que Angela Merkel se réfugiera en Jamaïque ?

Après la dégringolade du SPD aux élections législatives en Allemagne, la chancelière Angela Merkel se trouve dans une situation délicate.

Même les grands changements politiques manquent de dynamique en Allemagne... Foto: Strassengalerie / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – L’agonie des partis dits « populaires » à laquelle nous assistons un peu partout en Europe, se confirme en Allemagne. Le paysage politique en Allemagne a subi un tremblement de terre dimanche, avec la déringolade historique des partis traditionnels et surtout, l’entrée tonitruante de l’extrême-droite au Bundestag. Face à son plus mauvais résultat jamais enregistré, le SPD a annoncé dans la soirée de ne plus vouloir former une « Grande Coalition » CDU/CSU-SPD qui elle, serait mathématiquement possible, mais qui ne serait, du coup, plus « grande ».La dernière option qui reste à Angela Merkel, est donc la coalition « Jamaïque » CDU/CSU-FDP-Verts, mais une telle configuration semble difficile à réaliser compte tenu des différences substantielles entre les partis concernés. Et la montée du AfD fait peur.

Les chiffres : CDU/CSU 33,2 (-8,3%), SPD 20,8% (-4,9%), Verts 9,3% (+0,9%), Die Linke 8,9% (+0,3), FDP 10,1% (+5,3), AfD 13,2% (nouveau).

A 18h50, Martin Schulz était formel – « Le SPD ne reconduira pas la Grande Coalition », disait-il, et face aux 20,8% réalisés par son parti, le plus mauvais score jamais enregistré, Martin Schulz a annoncé que le SPD allait assumer son rôle dans l’opposition, laissant la chancelière Angela Merkel devant une situation plus que compliquée. Car, considérant qu’aucun parti démocratique n’entend coopérer avec l’AfD, une seule constellation permettra de former le nouveau gouvernement allemand, la coalition « Jamaïque » CDU/CSU-FDP-Verts.

Les deux partis au pouvoir, CDU/CSU et SPD, ont perdu ensemble 13% des votes, pendant que l’extrême-droite de l’AfD a, pour la première fois, remporté 13%. Angela Merkel, comme chef du parti plus fort, restera donc chancelière, mais elle aura fort à faire pour créer cette coalition « Jamaïque » entre la CDU/CSU, le FDP et les Verts. Si la CDU et les Verts ont pas mal de points en commun, il en est déjà différent entre la CSU bavaroise et les Verts, sans parler des clivages qui séparent le FDP et les Verts. Pourtant, le SPD ne pourra pas revenir sur ses pas, après avoir annoncé vouloir « se refaire » pendant les 4 ans à venir. Donc, la « Jamaïque » devient la seule option pour Angela Merkel.

Mais la grande question de ce scrutin, outre la physiognomie du nouveau gouvernement, reste la question pourquoi environ 6 millions d’Allemands aient voté pour un parti dont certains éléments représentent des positions xénophobes, ultra-nationalistes et en partie nationalsocialistes. « Nous allons chasser Angela Merkel », criait le chef de l’AfD Alexander Gauland à l’annonce des résultats et force est de constater que l’Allemagne glisse, comme tant d’autres pays, vers la droite.

Angela Merkel devra faire de grandes concessions vis-à-vis de ses nouveaux partenaires du FDP et des Verts. Les deux petits partis (10,1% et 9,3%) se trouvent dans une position de force – sans eux, Angela Merkel ne pourra pas former un gouvernement, le SPD refusant catégoriquement même des négociations de coalition. Pour l’Europe ou les relations franco-allemandes, cela signifie que rien ne changera. Ni les Verts, ni le FDP n’affichent des positions anti-européennes et au niveau de la politique européenne de l’Allemagne, aucun changement n’est à prévoir. Ce qui n’est pas vraiment une bonne chose.

Mais qui sait, si jamais la CDU/CSU, le FDP et les Verts n’arrivent pas à s’accorder sur la formation d’un gouvernement, le SPD pourrait se souvenir de sa résponsabilité politique et éviter une crise constitutionnelle en acceptant, malgré tout ce qu’il a été dit hier soir, de parler avec la CDU. Les semaines à venir risquent d’être plus excitantes que la courte campagne que vient de vivre l’Allemagne.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste