Verticalité, horizontalité, transversalité, quel compromis possible ? Exemple à Strasbourg.

Le nouveau vocabulaire socio-politique nécessite aujourd’hui quelques éclaircissements.

En politique, c'est comme en géométrie - chacun s'y retrouve. Non ? Foto: David Hilbert / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int

(Par Antoine Spohr) – On saisira la métaphore ou la comparaison géométrique après quelques explications sémantiques qui en préciseront le sens.

La verticalité concerne les pouvoirs souvent hiérarchisés d’organismes institutionnels tels que les gouvernements, les partis politiques, les assemblées nationales ou parlements, les Grands Corps Constitués, les syndicats… et dans le privé, les organigrammes des sociétés, les très grandes comme les PME.

L’horizontalité concerne la base de ce triangle rectangle c’est à dire les citoyens organisés en associations ou sociétés diverses ou même solitaires, tous ceux qui en démocratie, deviennent électeurs ou votants, s’ils le veulent bien, qu’ils appartiennent à la gauche, à la droite, aux extrêmes ou au centre. Sous la Révolution dans l’assemblée législative (1791), on trouvait même la montagne, la plaine ou le marais. Encore une métaphore spatiale dans la salle du Manège à Paris.

Alors, les groupes d’individus ou les individus peuvent-ils appartenir à la fois à la verticalité et à l’horizontalité ? Bien sûr que oui : cela dépend du point de vue où l’observateur se place. Intervient alors une sorte de transversalité dans chacun des états. Le mouvement «Nuit Debout» ou les «Zèbres de la République» d’Alexandre Jardin en sont les exemples les plus récents avec une finalité non encore bien connue. Il en existe des centaines d’autres souvent hybrides d’ailleurs.

Compliqué ? Mais non. Prenons un cas concret comme la situation politique aujourd’hui à Strasbourg et dressons un constat sans jugement hâtif, encore que…

Les cahots de la municipalité strasbourgeoise.

La presse quotidienne régionale (DNA) a, très largement et avec clarté, relaté (une page entière, deux jours de suite) les soubresauts inquiétants d’une municipalité (maires, adjoints et conseillers) au fonctionnement perturbé.

En raccourci, deux  maires-adjointes ont démissionné de leur mandat, définitivement : elles étaient issues de la base horizontale et «recrutées» sur la liste électorale précisément pour diversifier et étoffer une liste PS conduite par le maire sortant, Roland Ries, liste construite en toute verticalité, de base. Eh oui ! Complexe ? Il faut gagner à tout prix.

Ces femmes engagées dans la société dite civile dans des domaines précis, Souad El Mansour et Mine Günbay, entendaient bien entendu servir dans ces domaines-là, pensant qu’elles avaient été sollicitées pour leur compétence, avec des délégations promises par le chef, le premier magistrat. En fait, elles disent qu’elles ont vu passer des dossiers de leur compétence, largement traités, au-dessus d’elles, avant de leur parvenir.

Participez mesdames ! Que nenni ! L’exécutif resserré d’abord. Que des mecs et certains très costauds ; pas une nana, fût-elle compétente et dévouée comme Nawel Rafik-Elmrini, non encartée ou Chantal Cutajar, jadis candidate MoDem aux législatives puis à la mairie. Il y en a d’autres, de bonne qualité, le chabadabada prescrit étant forcément respecté.

Autour du maire un staff inexpugnable en apparence : Robert Herrmann (président de l’Eurométropole, Alain Fontanel, énarque brillant et premier adjoint, dauphin installé peut-être «à l’insu de son plein gré», Philippe Bies député auquel on prête un strabisme convergent sur la mairie, Olivier Bitz et Mathieu Cahn, l’un et l’autre, sans doute, en ambitions suspendues. La pointe du «vertical» en quelque sorte !

Une mention particulière cependant à Robert Herrmann qui a su pratiquer, sans y être contraint, la transversalité à la tête de la verticale équipe exécutive de l’Eurométropole, en s’adjoignant nombre de vice-présidents issus de l’opposition qu’il laisse travailler sur les dossiers dont ils sont chargés.

Il faudrait donc ajouter à ce vocabulaire géométrique, la notion de sexe ou de genre si on y tient. Une formule à trouver pour enrichir la métaphore. Des idées saugrenues et inélégantes se pratiquent en argot parisien, nous les tairons.

Des opposants chez lesquels cela ne se passe pas beaucoup mieux dans l’espoir de la reconquête, alternative qui leur paraît évidente, vont assez loin dans la contestation. Ils considèrent en effet que des élus qui ont largement profité de l’appui des voix des électeurs conquis par les éléments de la société civile (horizontale) pour l’emporter in extremis, ne sont plus légitimes dès lors que leur champion s’est ou a été éclipsé.

«Le plus mauvais des systèmes à l’exception de tous les autres», disait Winston Churchill à propos de la démocratie. Difficile ? Certes.

On aura pu remarquer que ce nouveau vocabulaire évoqué ne fait que formaliser un état des lieux ancien de transversalité sauf à remarquer cependant que les progrès de la communication ne laissent plus dans l’obscurité la société dite civile, horizontalité trop peu respectée, qui en use sur le web en alimentant l’expression de rue. Protestation contre un pouvoir vertical parfois méprisant y compris envers ses propres membres. Des concepts éculés, obsolètes, y compris les notions prédominantes de gauche et droite, sont écornés.

Et dans la métaphore géométrique que serait l’hypoténuse ?

4 Kommentare zu Verticalité, horizontalité, transversalité, quel compromis possible ? Exemple à Strasbourg.

  1. Alexis LEHMANN // 29. April 2016 um 9:02 // Antworten

    Article d’ Antoine SPOHR.
    Bravo à Antoine pour sa “géométrie dans l’ espace ” démocratique.
    Cet espace est effectivement de plus en plus complexe,impénétrable, car figé dans un immobilisme global nourri de toutes parts par les recherches d’avantages personnels…!
    Il n’y plus de “dynamique” globale!
    Or seule la “dynamique”, peut transformer un marais obscur en flots puissants et faire que les “lignes” se rejoignent vers un but et un destin commun!

  2. Alexis LEHMANN // 29. April 2016 um 9:26 // Antworten

    Pardon, le commentaire à l’article d’ Antoine SPOHR m’a échappé sans qu’il soit terminé!
    Voici donc la suite :
    “Ceci est vrai pour l’ Europe, pour la France, et…. pour Strasbourg..!”

  3. Le réaction d’Alexis Lehmann à cet excellent article est la bonne.
    La société politique se complexifie, comme l’ensemble de la société. Les vieilles recettes, les vieux modes de fonctionnement ne sont pas éternels.
    Or, il est très rare que les sociétés aient le courage de se réformer à froid, surtout en France, pays qui a fait de la Révolution une vertu.
    Donc, pas de réforme = sclérose et crise sociale ou politique.
    Il ne faut pas nier le fait que les divergences sont profondes et, que la France qui n’a connu en interne, ni le nazisme, ni le communisme, n’a pas encore été capables d’abandonner ces vieilles lunes. Il reste donc à droite et à gauche du spectre politique des scories de fascisme et de léninisme, qui sclérose dangereusement la société.

  4. Gervaise Thirion // 29. April 2016 um 21:52 // Antworten

    Pas de blabla…. Un texte très éloquent et un schéma on ne peut plus adéquat, Bravo ! Excellent pour illustrer une situation permanente.
    Bravo également à ces Dames qui, plutôt que de rester accrochées comme des berniques à leur rocher (comme le font tant de nos politiciens), prennent des risques en dénonçant le système. Elles au moins “elles en ont” …
    Du courage.

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