La France vote dimanche

Macron, gagnera-t-il la bataille de la recomposition politique du pays ?

Est-ce que la France est en train de se préparer pour une nouvelle révolution ? Foto: Manufacture Berthelot / Wikimedia Commons / PD

(Par Alain Howiller) – Les élections que vivent ou qu’ont vécu les Français -des présidentielles aux législatives des 11 et 18 Juin- appartiennent d’ores et déjà à l’Histoire : avec elles, la France aura connu le bouleversement politique le plus important depuis 1958, l’année du retour au pouvoir du Général de Gaulle et l’adoption de la Constitution de la Vème République. Le pays, il est banal de le dire, aura connu en cette année 2017 le grand chambardement de l’élection d’un président de 39 ans élu au bout d’une chevauchée d’à peine un an (son mouvement « En Marche » a été créé, rappelons-le, en… avril 2016 !) à une recomposition totale du paysage politique.

La recomposition sera marquée par l’écroulement de la droite traditionnelle, le retour d’un mouvement centriste qui pourtant semblait condamné, la remise en question d’une extrême droite qui semblait aux portes du pouvoir, la dilution d’un parti écologiste siphonné par les autres partis ! Le tout accompagnant les turbulences d’une gauche qui, entre l’effondrement du parti socialiste et l’émergence d’une extrême gauche « insoumise », interpelle la société et ses institutions, en reprenant les débats qui marquèrent, historiquement, ses origines !

Le retour de… l’homme providentiel ? – Les résultats des deux tours de scrutin du mois de Juin traduiront l’ampleur de cette « révolution » qu’annonçait Emmanuel Macron dans un ouvrage prémonitoire(1) et nous diront si les Français ont cédé à leur tentation naturelle de se ranger, en ordre de bataille, étendards flottant au vent, derrière un… homme providentiel.

Les élections auront lieu, on le sait (ou, du moins, on devrait le savoir, mais il n’est pas inutile de rappeler ici certaines bases !) dans 577 circonscriptions électorales (539 en France métropolitaine, 27 dans les territoires d’Outre Mer. Les Français établis à l’étranger désignent 11 députés : le premier tour pour ces députés dits de « l’étranger » vient d’avoir lieu. Les élections 2017 sont marquées par une nouvelle progression du nombre de candidats : il sont, en effet, 7.882 (un peu plus de 42% de femmes) à briguer un siège, contre 6.603 en Juin 2O12 ! Il faut dire -ceci explique pour une part celà !- que la République verse 1,42 euros par voix obtenue aux partis qui auront recueillis au moins 1% des voix dans au moins 50 circonscriptions. En outre les partis touchent une sorte de « prime » (37.280 euros) par dépité élu. C’est dire que pour les partis, les enjeux financiers peuvent être considérables !

Les élections se déroulent au « scrutin majoritaire uninominal à deux tours » : sont admis au deuxième tour les candidats qui auront obtenus 12,5% des voix des électeurs inscrits. Un candidat doit obtenir un peu plus de 50% des voix pour être élu au premier tour. Celui qui, au deuxième tour (ce sont les cas les plus nombreux), obtient la majorité des voix, est élu député.

Le « grand chambardement » est… en marche ! – Ces dispositions expliquent le nombre de candidats et de partis (jusque 2O étiquettes selon les secteurs !) présents dans les circonscriptions. Elles expliquent aussi que le deuxième tour des élections voit souvent des « triangulaires » voire des « quadrangulaires » qui rendent difficiles les pronostics sur les résultats. D’autant qu’ils sont assez largement fonction de la participation : les sondages prévoient que celle-ci devrait être de l’ordre de 62%, ce qui s’inscrit dans la moyenne des élections précédentes.

L’irruption sur la scène politique du parti d’Emmanuel Macron (La République en Marche), qui a été élu Président de la République contre la candidate de l’extrême droite, avec près de 66% des suffrages, la mise en place d’un gouvernement qui brise les lignes d’une gestion gouvernementale traditionnelle en assurant une parité exacte hommes/femmes, en mélangeant adroitement représentants de la « société civile » et élus se réclamant de la gauche, de la droite, du centre et du mouvement écologiste seront des éléments moteurs du « grand chambardement politique » qu’annoncent des élections législatives marquées, en outre, par l’application de la loi sur le non-cumul des « mandats dits exécutifs » (ex. : député et maire, député et président de collectivité territoriale telle que région ou département).

Près de 37% des députés sortants ne se représenteront plus aux élections législatives : ils préfèrent conserver un mandat exécutif (ex. Christian Estrosi, Député et Président de la Région Provence Côte d’Azur préfère retrouver le son poste de maire de Nice) ou tout simplement préfèrent prendre leur retraite politique (ex. : l’ancien Premier Ministre Bernard Cazeneuve ou le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone).

La victoire d’un « président gaullien » ? – Tous ces éléments augurent des changements en profondeur dont la perspective a nourri une campagne électorale placée sur le thème du « pour ou contre » Emmanuel Macron et sa majorité qui s’esquisse ! La tradition veut que les électeurs -cohérents avec leur choix « présidentiel »- offrent une majorité parlementaire au président qu’ils viennent d’élire : il s’agit de lui donner les moyens d’appliquer son programme ?

Les sondeurs nous disent que plus de 60% des Français sont satisfaits des premières semaines d’action d’Emmanuel Macron et que, malgré le poison du soupçon que l’affaire Richard Ferrand est venue s’instiller dans un parcours présidentiel réputé sans faute, ils entendaient lui donner la majorité dont il a besoin.

Macron, président « gaullien » qui (il l’a clairement dit !) « ne se laissera pas enfermer à l’Elysée » et qui n’entend pas s’occuper de la gestion des affaires courantes laissées au gouvernement, aura-t-il les moyens pour imposer une moralisation de la politique (le projet de loi dans ce sens est… en marche !), une relance de l’Europe, une réforme du code du travail (déjà en débat avec les syndicats), une action contre les déficits publics, une mise en oeuvre de la proportionnelle partielle dans les élections, un chômage réduit en cinq ans de 9,8% à un peu moins de 7 %, une poursuite de la mise en place du Traité de Paris sur les changements climatiques etc…

Vers la recomposition du paysage politique. – Y aura-t-il sa « recomposition du paysage politique » autour de son idée « de refondation autour d’En Marche » ? Tout dépendra, sans doute, du résultat des élections des 11 et 18 Juin. Mais cela dépendra aussi du climat qui succèdera à une campagne électorale d’une rare violence flirtant trop souvent sur l’injure, les « fake news », la menace.

Comment justifier surtout au nom de cette « République » à laquelle tout un chacun prétend faire référence que l’imprécateur de la « France insoumise » affirme : « Je ne veux pas affaiblir le parti socialiste, je veux le remplacer ! » Comment croire à une possible convergence quand le patron du parti des Républicains lance : « Je veux une majorité pour le Président(!), mais une majorité pour appliquer notre programme ! » Que penser de la volonté d’un Front National, dont la présidente n’arrive pas à digérer sa défaite (pourtant prévisible) des élections présidentelles « d’être le parti de l’opposition au Président » ?

Quelle place ces exaltations électorales garderont-elles après les élections ? Que permettront-elles ? Qu’empêcheront-elles ? Le tout au nom du… Peuple Français ! Difficile de ne pas y penser en cette veille d’élections !

(1) « Révolution » – C’est notre combat pour la France. Par Emmanuel Macron. Editeur Xo (broché 17,90 euros, en poche 5 euros).

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