Le commerce de la mort

Nous sommes choqués par les images qui nous arrivent d’Alep et d’ailleurs. Ce qui ne nous empêche pas de vendre les armes avec lesquelles les massacres sont perpétués. Le summum de l’hypocrisie.

A l'occasion de Noël, les branches de sapin sont offerts aux acheteurs internationaux... Foto: U.S. Army Europe photo by Visual Information Specialist Markus Rauchenberger : Wikimedia Commons / PD

(KL) – Que c’est facile que de verser les larmes de crocodile en regardant les images d’Alep et d’ailleurs ! Mais s’il y a autant de conflits sanglants dans le monde, c’est aussi du au fait qu’il y ait des marchands d’armes, des marchands de la mort qui vendent les « outils » de la guerre en soulignant qu’il s’agit de sauver des emplois dans l’industrie de l’armement. En première ligne de ces marchands de la mort, l’Allemagne et la France. L’Allemagne a même réussi à contourner ses propres règles en matière d’exportation d’armes.

Généralement, des exportations d’armes vers les pays qui ne font pas partie de l’Union Européenne ou de l’OTAN, sont considérées comme « critiques », ce qui n’a pas empêché l’Allemagne d’augmenter ses exportations vers ces pays à 58%. Comprendre : plus de la moitié des armes produites par l’Allemagne vont dans des pays où on perd vite la trace de ces armes – pour après les retrouver dans des conflits entre des pays qui n’auraient pas du pouvoir mettre la main sur ces armes.

Les représentants des ONGs et des églises ont beau demander de nouvelles lois qui interdiraient les exportations vers des pays considérés comme « critiques », mais face à des clients puissants comme l’Arabie Saoudite (qui aiment le « made in Germany » et achètent des armes pour des milliards d’euros…), on ferme les yeux. Les emplois, vous savez… même si tout le monde sait qu’une partie des armes achetées par l’Arabie Saoudite arrive entre les mains de terroristes.

La procédure d’autorisation pour des exportations d’armes ouvre la porte aux abus – ainsi, si quelqu’un s’oppose à une exportation, il faut qu’il apporte la preuve que l’acheteur puisse céder ces armes à quelqu’un d’autre ou qu’il entend « abuser » de ces armes – ce qui est impossible à prouver dans la pratique. Et que veut dire « abuser » d’armes ? Les armes sont destinées à tuer des êtres humains, donc, est-ce qu’il s’agit d’un « abus » lorsque ces armes sont utilisées comme initialement prévu ?

Les églises ont, une nouvelle fois, demandé à ce qu’une nouvelle loi soit votée, obligeant les acheteurs d’armes d’apporter des preuves quant à leur utilisation. Mais cette demande ne risque pas d’aboutir – le marché d’armes et trop juteux, il y a trop d’emplois qui dépendent de cette industrie de la mort et à moins d’un an des élections, aucun responsable politique n’osera s’attaquer à ce dossier.

L’Allemagne a vendu en 2015 et 2016 des armes d’une valeur d’environ 2,3 milliards d’euros à l’Arabie Saoudite et le Qatar – sachant que les deux pays jouent un rôle actif dans le conflit au Yémen, approvisionnant ainsi une guerre non-déclarée et impossible à contrôler. Des armes allemandes tuent donc au Yémen et par conséquent, personne ne devrait verser des larmes en regardant les images des massacres commis dans ce pays éprouvé.

En 2015, les exportations d’armes allemandes s’élevaient à 12,82 milliards d’euros, pendant la première moitié de 2016, à 4,03 milliards – les affaires tournent bien et tant que nous exportons des armes à ce rythme, il n’y a que peu de chances à ce que les conflits s’arrêtent. Et après tout, nous n’avons aucun intérêt à ce que les guerres s’arrêtent – elles font tourner notre économie et notre croissance. Et tant que nous pouvons dépenser des sommes énormes pour les fêtes de fin d’année, tout va bien dans le meilleur des mondes. Du moins, chez nous. Ailleurs, on s’en fiche.

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