Présence turque au Kosovo

Les janissaires à Pristina ?

Brigand, S. Wolff, 1847 Foto: Wellcome Collection Gallery / Wikimédia Commons/ CC-BY-SA 4.0Int

(Marc Chaudeur) – L’Union Européenne a (aurait ?) fort à faire pour asseoir une influence effective dans le sud des Balkans, dans ces 6 pays qui expriment tous leur désir d’intégrer l’Union. La Russie, Turquie et… Chine sont bien présentes dans la région, déjà. Un exemple ébouriffant : la Turquie au Kosovo.

La Turquie exerce une pression-attirance sur les 6 pays des Balkans occidentaux, tous candidats à l’entrée dans l’UE. Les dirigeants turcs expriment une dénégation : mais non, voyons, la Turquie ne cherche pas à l’emporter dans cette région ! Qu’allez-vous penser ! Pourtant, peut-être en va-t-il autrement dans ces contrées qui ont fait partie durant plusieurs siècles de l’Empire ottoman, proches géographiquement de la Turquie et pour certains, de confession musulmane ( Bosnie, Albanie, Kosovo).

Ce qui se passe actuellement au Kosovo n’est pas rassurant. Depuis lundi dernier, 6 hommes, des citoyens turcs, risquent de 28 ans et demi à 16 ans et demi d’incarcération… parce qu’ils s’opposent au régime islamo-populiste au pouvoir en Turquie. Voici exactement 1 an, ils ont été extradés de Pristina en avion pour aller rejoindre Ankara… et les geôles turques ! La jeune République sert-elle donc d’exécutrice des basses œuvres pour le pouvoir turc ?

L’opération n’aurait pu être menée à bien sans l’action efficace et diligente des services kosovars. Malgré les dénégations du gouvernement, les dirigeants, par ailleurs très controversés par la population, ont monté une opération qui a duré en tout 2 semaines. Il y a quelques jours, les procureurs d’Ankara ont requis de lourdes sentences contre les 6 hommes, accusés d être aux côtés de Fethullah Gülen, théoricien islamiste paradoxal (installé aux Etats-Unis depuis 20 ans), opposant du Président turc, accusé par ce dernier de diriger une « association terroriste ». La vindicte du dirigeant turc actuel est surtout dirigée, en réalité, contre la révélation par Gülen de quelques affaires de corruption impliquant des cercles proches, très proches du pouvoir…

Les dirigeants kosovars ont protesté de leur bonne foi, en prétendant qu’ils « n’étaient pas au courant de l’ »extradition » ! Le jour même où les 6 ressortissants turcs étaient exfiltrés, le Premier ministre, Ramush Haradinar, prétendait sur facebook qu’il ignorait tout de l’opération. Le Président, Hashim Thaçi, ne savait rien non plus. Et pas davantage celui qui était le chef de la police l’an passé, Shpend Makhuni. Ce mois de Mars était décidément le Mois de l’Ignorance, appelé à être célébré désormais comme Journée nationale du Kosovo.

En réalité, il s’avère que les services kosovars, nommément l’AKI (Agence Kosovar de Renseignement), ont planifié l’opération au moins deux semaines avant son déroulement. Le média spécialisé dans l’Europe orientale, BIRN (qui édite Balkan Insight, https://balkaninsight.com/), a reçu le rapport d’un expert américain des Droits de l’Homme, Tienmu Ma, qui établit avec précision les faits ; de même que le rapport d’une commission parlementaire.

On sait ainsi qu’à la mi-mars 2018, un représentant plutôt éminent de l’AKI s’est rendu à deux reprises au Département de la Citoyenneté, de l’Asile et des Migrations (DCAM) pour y examiner les documents concernant les 6 ressortissants turcs qui allaient être extradés. L’AKI a expliqué au DCAM que ces 6 hommes étaient « sous surveillance ». Sous surveillance de qui ? Du gouvernement turc ?

Mieux encore : le 29 Mars 2018, la Police kosovar a confondu l’un des 6 hommes visés par Ankara avec un autre, qui s’est ainsi trouvé extradé par erreur !

Lundi dernier, les ambassades des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d’Allemagne à Priština ont demandé que lumière soit faite et que tous ceux qui, dans cette affaire, ont enfreint la loi soient sanctionnés.

Cette affaire montre en tout cas à quel point il serait bénéfique que l’Union européenne assure sa présence dans la région de manière plus ferme.

 

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