La barbarie ne reste pas impunie

La Cour Fédérale allemande vient de confirmer la peine de prison prononcée contre un ancien gardien SS du camp de concentration d’Auschwitz, aujourd’hui âgé de 95 ans. Le procès avait divisé l’opinion publique.

Les crimes de ceux qui se sont rendus coupables à Auschwitz, les procès doivent continuer. Foto: (c) C. Puisney / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – Il vaut mieux tard que jamais – pour la première fois, la Cour Fédérale (BGH – Bundesgerichtshof) à Karlsruhe a confirmé un verdict à l’encontre d’un ancien gardien SS ayant participé aux horreurs dans le camp de concentration d’Auschwitz. Pendant des décennies, la même cour avait refusé toute condamnation d’anciens SS, tant qu’il n’était pas possible de déterminer avec certitude si les inculpés avaient personnellement participé aux massacres, ce qui était toujours difficile à prouver dans le cadre de ces procès. En confirmant la peine contre l’ancien SS Oskar Gröning pour « complicité d’assassinat dans 300.000 cas », la cour suprême allemande reconnaît enfin le rôle que jouaient tous ceux qui faisaient en sorte à ce que cette machinerie meurtrière puisse fonctionner. Il était grand temps.

Oskar Gröning, 95 ans, avait déclenché une polémique en Allemagne. « Mais laissez ce vieil homme mourir en paix », pouvait-on entendre, « il est temps de passer l’éponge » ou « laissez-nous tranquilles avec ces vieilles histoires » – et le BGH a coupé court à ces tentatives d’une auto-absolution allemande. Le signal de la cour est clair – les crimes contre l’humanité doivent être poursuivis, la justice doit être rendue, même des décennies plus tard. L’âge de l’inculpé ne peut en aucun cas être une raison pour ne pas punir les crimes commis lors de la plus grande barbarie que le monde ait connue.

L’homme avait participé à la machinerie d’Auschwitz sur la tristement célèbre rampe d’Auschwitz où les arrivants étaient triés – ceux qui pouvaient travailler étaient envoyés au camp, les autres dans les chambres à gaz. Oskar Gröning, lui, avait effectué des travaux de comptable, gérant les objets de valeur et l’argent des victimes d’Auschwitz. Si le procès ne pouvait pas déterminer avec certitude une implication personnelle de Gröning dans des assassinats, la participation à cette « machinerie à tuer » a été considérée comme une « complicité d’assassinat » et donc, comme un crime contre l’humanité. Et ce, à juste titre.

On estime à 500 000 le nombre de personnes qui étaient directement ou indirectement impliquées dans la machine de tuerie des nazis. Sans le concours de toutes ces personnes, cette machine n’aurait pas pu fonctionner et – comment est-ce qu’on peut clamer son innocence après avoir œuvré sur la rampe d’Auschwitz ? Comment peut-on clamer son innocence après avoir fait partie de ce groupe d’assassins barbares ayant commis le pire des crimes de l’humanité ?

L’argument qu’Oskar Gröning est aujourd’hui âgé, ne compte pas, au contraire. Comment est-ce possible que d’anciens SS d’Auschwitz aient pu mener une vie tranquille, non molestés par la justice ? S’il a échappé pendant si longtemps à la justice, c’est qu’il a eu de la chance. Une chance que ses victimes n’avaient pas.

Il se peut qu’Oskar Gröning ne doive pas aller en prison. A 95 ans, il est possible qu’un docteur le dispense de passer 4 ans en prison. Mais le message du BGH est quand même important – pour les crimes contre l’humanité, il n’y a pas de prescription, il n’y a pas d’oubli, il n’y a pas de « on passe l’éponge ». Ce genre de crime, on se doit de les poursuivre et de les punir. Même des décennies après.

Kommentar hinterlassen

E-Mail Adresse wird nicht veröffentlicht.

*



Copyright © Eurojournaliste