« Personne n’a raison tout seul… »

Interview de Jeanne Barseghian, candidate EELV à la mairie de Strasbourg, la première candidate qui parle très bien l'allemand. Un plus pour le poste qu'elle souhaite décrocher.

La candidate EELV aux municipales à Strasbourg, Jeanne Barseghian, maîtrise la langue de Goethe - pas inutile pour la coopération transfrontalière. Foto: Eurojournalist(e) / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Dans moins de deux semaines, les Strasbourgeois.e.s sont appelé.e.s à voter pour celui ou celle qui sera maire de Strasbourg. Beaucoup dépend de ce premier tour, même si personne ne s’attend à une décision dès le 15 mars. Eurojournalist(e) a rencontré Jeanne Barseghian, candidate EELV à la mairie de Strasbourg.

Jeanne Barseghian, vous proposez une nouvelle gouvernance qui donnera également la parole aux citoyens et citoyennes par le biais de « conférences citoyennes » qui émettront des recommandations dont le Conseil Municipal sera appelé à tenir compte. Que se passera-t-il lorsque le Conseil Municipal n’approuvera pas de telles recommandations ?

Jeanne Barseghian : L’idée est née du fait que les dossiers politiques sont très complexes. Souvent, les grands projets sont le produit du croisement de différentes contraintes. Prenez, par exemple, le dossier du logement. Il s’agit là d’une question à laquelle on ne peut pas simplement répondre « oui » ou « non », car il faut tenir compte du besoin en logements, des contraintes environnementales et climatiques, du financement et de l’avis du quartier et de l’administration. Donc, dans le cadre de ces « conférences citoyennes », nous ferons appel à toutes les ressources de la ville, des compétences citoyennes, des techniciens, de l’économie et des experts. Le but, ce sera de trouver des réponses cohérentes avec l’ensemble des contraintes. En passant par cette case, on se donne le temps d’entendre toutes les compétences de notre ville, pour mener une réflexion commune, dans l’intérêt de tous.

Puisque nous parlons d’une nouvelle gouvernance : vous proposez également la mise en œuvre d’une « Commission finances et budget » qui serait co-présidée par un ou une élu.e de l’opposition. Vous voulez donc renforcer le rôle de l’opposition ?

JB : Le Conseil Municipal n’est pas une chambre d’enregistrement des décisions de la majorité ! Par le passé, nus n’avons pas utilisé cet espace de dialogue, y compris le dialogue avec l’opposition. Echanger de manière constructive avec l’opposition, ce n’est pas abandonner un projet politique, mais au contraire, l’enrichir des compétences dont dispose aussi l’opposition. Il est important de faire de la politique publique en échangeant avec l’opposition ; et puisque les domaines des finances et du budget sont très importants, associer l’opposition de manière responsable nous semble être une marque de respect pour elle.

Donc, vous suivez un peu le modèle allemand ou même celui de Robert Herrmann, le Président de l’Eurométropole, qui avait associé à ses travaux son opposant politique Yves Bur ?

JB : Personne n’a raison tout seul. Et tout le monde pourra et devra participer aux travaux qui sont menés dans l’intérêt des Strasbourgeois et Strasbourgeoises !

Vous avez déjà mentionné le logement. Comment comptez-vous endiguer les offres comme AirBnB qui submergent à la fois le marché du logement et l’offre hôtelière dans la ville ?

JB : En ce qui concerne AirBnB, nous ne parlons pas du particulier qui loue une chambre à des touristes. Nous allons, en revanche, nous attaquer aux dérives qui font que nous manquons aujourd’hui de logements en ville, surtout de F1 et F2, logements typiques pour étudiants, monoparentaux ou personnes âgées. Déjà, il conviendra d’appliquer la loi et d’augmenter les contrôles de cette offre AirBnB. Ensuite, nous proposons d’intégrer l’autorisation de louer des appartements sous ce format dans les règlements de copropriété. Mais sur ce sujet aussi, nous allons travailler avec les promoteurs, les agents de la ville et tous ceux qui doivent intervenir dans ce dossier. Mais il est clair qu’il convient d’agir contre la gentrification de la ville, qui en devient de moins en moins un espace de vie.

Autre sujet qui a pris une grande place dans le débat de cette campagne : la gratuité des transports en commun. Vous proposez la gratuité pour les moins de 18 ans et les moins de 25 ans qui ne disposent pas de revenus. Quid des autres pauvres dans la ville ?

JB : Déjà aujourd’hui, nous proposons une tarification solidaire qui permet aux plus démunis d’acheter un abonnement mensuel à trois à 45 €. Ceci dit, nous allons revoir les barèmes pour permettre au plus grand nombre d’utiliser les transports en commun. Pour cette mesure sociale, nous avons prévu un budget de 25 millions d’euros – la gratuité pour tout le monde en coûterait 50 millions. Rendre les transports en commun gratuits pour les plus jeunes, c’est aussi une mesure pédagogique incitant les jeunes à avoir le réflexe d’utiliser les transports en commun plutôt que la voiture individuelle. Il aurait été facile de promettre cette gratuité pour tout le monde ; notre but n’est cependant pas de faire des promesses électorales, mais de faire des propositions réalistes qui pourront être mises en œuvre.

Et vous postulez la neutralité climatique de la ville de Strasbourg à l’horizon 2050, ce qui fait penser aux objectifs climat de la ville de Freiburg. Est-ce que vous comptez travailler avec Freiburg sur cette question, où les Fribourgeois ont pris une importante longueur d’avance ?

JB : Oui, je trouve l’exemple fribourgeois très inspirant, la ville a effectivement beaucoup d’avance sur d’autres villes. Nous n’allons pas seulement nous inspirer  de cet exemple, mais aussi travailler avec toutes les villes du Rhin Supérieur, en ce qui concerne la mobilité et d’autres exemples écologiques.

Pour travailler avec les autres villes du Rhin Supérieur, il ne serait pas inutile de parler la langue de nos voisins…

JB : Da haben Sie völlig Recht, wir können auch gerne auf Deutsch sprechen ! [en allemand dans le texte !] J’ai eu la chance que ma famille m’a toujours poussée à l’apprentissage de l’allemand, j’ai suivi une scolarité franco-allemande et avec mon compagnon qui est allemand, nous parlons l’allemand entre nous. Donc, effectivement, pouvoir échanger avec nos voisins dans leur langue me semble être important.

Sujet Europe. Dans votre programme, je n’ai pas trouvé une déclaration claire en faveur du siège du Parlement Européen à Strasbourg…

JB : Nous avons toujours été parfaitement clairs sur la question. Bien entendu, nous souhaitons défendre et renforcer le siège à Strasbourg. De toute manière, les traités le disent : le siège du Parlement Européen est à Strasbourg. Nous appelons de nos vœux un « siège unique », non pas à Bruxelles, mais à Strasbourg. Lors des travaux sur le bâtiment du Parlement à Bruxelles, ce serait une bonne occasion pour expérimenter les travaux d’autres services à Strasbourg. Mais sur cette question, il faudra jouer collectif, jusqu’au chef de l’Etat qui doit également s’engager pour le siège à Strasbourg. Strasbourg, c’est le symbole de la démocratie européenne et de l’Europe des citoyennes et citoyens ; dans cette perspective, nous allons organiser, chaque semaine plénière du Parlement Européen, des rencontres et débats entre les Strasbourgeois.e.s et les eurodéputé.e.s, de préférence dans tous les quartiers de la ville.

Dans votre programme, vous parlez également de renforcer le rôle des Eurodistricts. Si le Traité d’Aix-la-Chapelle va dans le même sens, force est de constater que les 5 Eurodistricts de la région frontalière ne sont pas organisés de la même façon : ils vont d’une coopération informelle entre des mairies jusqu’au GECT. Par conséquent, ne faudrait-il pas dans un premier temps niveler tous les  5 Eurodistricts pour ensuite pouvoir les « booster » ?

JB : Oui, ce serait souhaitable. Mais chez nous, l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau est un GECT, ce qui donne déjà un champ d’action assez large qu’il convient d’utiliser. Actuellement, nous sommes au stade des projets intégrés, comme la nouvelle voie cyclable express qui reliera Appenweier et Strasbourg, mais nous sommes encore loin d’une intégration politique. C’est un but à atteindre. En attendant, on va utiliser toutes les possibilités de ce « laboratoire européen » et le rendre plus humain, moins protocolaire et plus efficace.

Pour finir, la question inévitable du deuxième tour le 22 Mars prochain. Pour faire simple : vous à la mairie et Catherine Trautmann à la tête de l’Eurométropole, ou vice versa ?

JB : Attendons déjà les résultats du premier tour ; après, on verra plus clair. La question de la future présidence de l’Eurométropole dépendra des 33 communes qui forment l’Eurométropole, ce sera comme un troisième tour. Maintenant, il s’agit de rassembler déjà les forces vives qui partagent notre vision d’une ville écologique, sociale et solidaire. Et ensuite, on avisera. On en reparlera après le 15 Mars…

Jeanne Barseghian, merci pour cet entretien !

Pour lire le programme de Jeanne Barseghian et d’EELV, CLIQUEZ ICI !

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