2020 : ce qui est prévu pour la « Collectivité Européenne d’Alsace ».

Alain Howiller se penche sur un dossier qui pourrait se transformer en une « mini-révolution » sur le Rhin.

Alsace ? C.E.A. ? Région Alsace ? Grand Est ? Les débats sont loin d'être terminés... Foto: Uli / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 1.0

(Par Alain Howiller) – « Parce que l’un… ne va pas sans l’autre ! Nous avons construit l’un avec l’autre : la Collectivité Européenne d’Alsace (C.E.A.) qui verra le jour au 1er Janvier 2022… en attendant, nous vous souhaitons aux unes et aux autres une très bonne année 2020 ». Ce sont ces vœux, publiés en pleine page et en couleurs dans les médias alsaciens, qui ont en quelque sorte, servi de piqûre de rappel aux lecteurs et aux lectrices de la presse écrite pour souligner que l’année désormais engagée servira de ligne droite à la mise en place de la nouvelle collectivité créée par une loi promulguée le 2 Août 2019.

Signée par Brigitte Klinkert, Présidente du Conseil Départemental du Haut-Rhin et par Frédéric Bierry, son homologue du Bas-Rhin, ils ont voulu rappeler qu’ils mettraient en œuvre une institution qui entend reformater une identité alsacienne, même si cela doit être, en l’état, au prix du maintien au sein d’une région « Grand Est » à propos de laquelle tous les sondages convergent pour souligner que la majorité des Alsaciens voudraient en sortir !

C’est ce qu’ils ont encore rappelé, à l’occasion du sondage que l’IFOP(1) vient de publier : 68% des sondés y ont souhaité que la « Collectivité Européenne d’Alsace » devienne une vraie région… en dehors du Grand Est ! La publicité voulait aussi servir la notoriété d’une C.E.A. Dont, selon l’IFOP, 54% des sondés ont entendu parler et qui a encore des marges de progression en terme de notoriété.

Le champion de la coopération transfrontalière. – Si la nouvelle collectivité va reprendre les attributions actuelles des deux départements du Rhin qui vont fusionner et constituer une assemblée de 80 membres (46 Bas-Rhinois et 37 Haut-Rhinois) élus en Mars 2021, « Elle va bénéficier », comme le rappelle Brigitte Klinkert, « d’un statut inédit de chef de file de la coopération transfrontalière. La C.E.A. se devra d’organiser les modalités de l’action commune des collectivités territoriales en matière de coopération transfrontalière au travers d’un schéma de coopération transfrontalière qui comportera notamment : un volet opérationnel sur des projets structurants. Dans ce cadre, la CEA devra être associée à l’élaboration des projets d’infrastructures transfrontalières et en particulier, les liaisons ferroviaires transfrontalières (Karlsruhe-Haguenau et Colmar-Freiburg), un volet relatif aux déplacements (identification des liaisons routières, fluviales et ferroviaires) et un volet relatif aux coopérations transfrontalières en matière sanitaire. »

Ce qui est encourageant – et presque innovateur si on pense aux… dizaines de mouvements, d’organismes et d’institutions qui s’occupent depuis des années du transfrontalier ! – c’est que les promoteurs de la collectivité en gestation veulent faciliter la vie quotidienne des habitants du Rhin Supérieur par des actions concrètes. Elles porteront aussi sur le long terme comme peut en témoigner l’intérêt porté, par exemple, par Frédéric Bierry au projet de « Life Valley » (la « Silicon Valley » rhénane)(2) porté par Alexis Lehmann.

Quel siège : le sort de Strasbourg menacé ? – Avant sa concrétisation, il faudra préparer les structures de la C.E.A., en sachant que les axes dégagés dès cette année devront être confirmés par l’Assemblée sortie des urnes de Mars 2021. C’est ainsi qu’il faudra préparer le budget 2021, désigner un président ou une présidente transitoire qui présidera la nouvelle collectivité entre le 1er Janvier 2021 et la réunion de l’Assemblée désignée par les électeurs. Outre l’élection d’un président ou d’une présidente, l’Assemblée devra choisir un siège : choix compliqué parce que les candidatures seront nombreuses après une campagne électorale que ce choix animera largement. Quel sera, alors, le sort réservé à Strasbourg dans cette « compétition » sachant que la capitale alsacienne est déjà le siège du Grand Est ! Déjà, il existe des tensions entre la structure « Région Grand Est » dont le président -pourtant ancien maire de Mulhouse – force la vapeur pour créer une identité « grand-estienne » qui n’existe pas.

Le tout au moment où la C.E.A. entend réveiller – et révéler – une identité qu’une majorité d’Alsaciens pensent s’être perdue avec la fusion au sein du « Grand Est ». Beau débat en perspective alors qu’un précédent sondage de l’IFOP soulignait l’appétence des Alsaciens pour un referendum qui déciderait de leur sort dans le concert des régions françaises. Car il s’agit bien non pas d’un « Brexit alsacien » (formule on ne peut plus malheureuse utilisée par les jusqu’au-boutistes du centralisme jacobin), mais de définir la voie optimale pour assurer le développement de l’Alsace sur le Rhin. Beau débat aussi au moment où le gouvernement vient de lancer des consultations pour préparer une loi sur une relance de la décentralisation (bien en panne, il est vrai !).

Une stratégie pour « l’après-Fessenheim ». – Les responsables des conseils départementaux, qui ont déjà désigné un directeur financier commun pour la future C.E.A. et qui ont déjà mené un certain nombre de rencontres de concertation pour préparer la mutualisation des politiques et les fusions de postes qui doivent éviter les risques de doublons, se sont fixés des objectifs à concrétiser d’ici à l’été. Il s’agit d’élaborer un dispositif de régulation du trafic des poids lourds (mise en place d’une formule  de péage régional ?), de définir une stratégie globale pour la langue et la culture régionales en sachant que, comme l’a révélé l’IFOP, seuls 21% (!) des Alsaciens pratiquent encore le dialecte en famille,12% au travail, 25% d’entre eux se disent bilingues en alsacien et français, 70% parlant seulement le français !

Une stratégie pour enrayer la régression et s’inscrire dans une véritable perspective rhénane s’impose rapidement, n’en déplaise au pouvoir central.

Autre thème à traiter : définir une politique ambitieuse pour l’après-Fessenheim, la centrale nucléaire devant commencer à arrêter ses réacteurs dans les semaines qui viennent. Il faudra aussi définir une stratégie de développement pour l’Alsace dont il s’agit notamment de promouvoir l’attractivité touristique et structurer le « Conseil de développement », composé d’élus et de représentants de la société civile qui doit assister la future collectivité et marquer l’ouverture vers plus de démocratie.

L’année qui vient de s’ouvrir sera donc décisive pour l’installation -puis la réussite- de la C.E.A. Comme le rappelait Brigitte Klinkert dans une récente interview (« L’Ami Hebdo » du 5.01.2020) : « La volonté que je partage avec Frédéric Bierry, c’est de faire de la Collectivité Européenne d’Alsace le service public alsacien de demain, c’est à dire un outil de proximité, d’efficacité et de qualité… L’Alsace va devenir un modèle de décentralisation, de différenciation et aussi le laboratoire européen de la France. » 12 mois pour préparer, des années pour réussir : les paris sont ouverts. Nous serons amenés – on s’en doute – à y revenir !

(1) Le sondage a été commandé par « l’Initiative Citoyenne Alsacienne – ICA », le « Club Perspectives Alsaciennes – CPA », le « Mouvement Pour l’Alsace – MPA » et le mouvement « Culture et et Bilinguisme ».

(2) Voir eurojournalist.eu du 23 Octobre 2019.

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